De la maçonnerie de pratique à la maçonnerie de théorie

D’après les sources connues, la transformation d’une société de métier en une association de rencontres et de réflexions s’opère à la fin du XVIe et au XVIIe siècle en Ecosse puis en Angleterre.

« L’acceptation » consiste à recevoir des personnes étrangères au métier – notables, clients importants… – mais que la société veut ainsi honorer. Usage en général marginal, « l’acceptation » va connaître un développement étonnant dans l’Écosse du XVIIe siècle, au point que certaines Loges comprendront une majorité d’« acceptés » et verront leurs liens avec le métier se distendre. Cette entrée importante d’acceptés en quelques années laisse supposer un projet sous-jacent mais qui, en dépit de nombreuses hypothèses – religieuses ou politiques – demeure encore mal connu. Peut-être le prestige de l’architecture et de ses métiers y contribua-t-il, car depuis la Renaissance, l’art de bâtir est considéré en Europe comme l’une des plus nobles activités humaines, et l’architecte est présenté comme un homme mobilisant des connaissances universelles (scientifiques, techniques, philosophiques…).

En Angleterre, on découvre aussi des Loges qui n’ont plus de lien avec le métier. Ainsi Robert Plot explique en 1686 que se faire recevoir dans la Society of free-masons est alors un usage fort répandu dans le Staffordshire, un comté du centre du pays. Dans cette deuxième moitié du XVIIe siècle la Compagnie des Maçons de Londres – qui, elle, réunit d’abord des maçons de métier – reçoit aussi des acceptés, parmi lesquels le célèbre Elias Ashmole, initié à Warrington en 1646.

Les loges rassemblant des Maçons « acceptés » – étrangères aux problèmes du métier – vont se multiplier en Écosse puis en Angleterre au XVIIème siècle. Peut-être constituaient-elles un refuge pour les hommes de bonne volonté dans une Grande-Bretagne déchirée par les guerres de religions et les querelles dynastiques ?

Ce sont ces groupes de « maçons de théorie » qui constituent les premières loges de francs-maçons, telle que nous l’entendons aujourd’hui.

Musée GODF
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