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Comment l’institution politiquement conformiste qu’était la Maçonnerie sous le Premier Empire devient, en quelques décennies, l’une des principales caisses de résonance des idées nouvelles ? Sous la Restauration, les loges d’orientation progressiste et politique sont de rares exceptions. Mais les groupes d’opposition comme la Charbonnerie leur sont très liés. Par ailleurs, la majorité des ateliers maçonniques, professant pratiquant une sociabilité libérale fondées sur la vertu et la fraternité humaine, remplissent plus ou moins consciemment, le rôle de conservatoires des principes de 1789.
En 1830, de très nombreux maçons sont impliqués dans les Trois Glorieuses. Le Parti du Mouvement, dont le Frère Lafayette est la figure emblématique, apparaît largement maçonnisé. L’échec politique des libéraux de progrès à partir de 1834 accentue le brassage des idées nouvelles dans les loges. En 1836 la Loge « Les Elus de Sully », à Brest, demande, sans succès, au Grand Orient de changer leur titre en « Les Disciples de Fourier ». A Paris, « La Clémente Amitié » organise des cours de Fouriérisme. L’intérêt pour les questions politiques et sociales n’est plus l’exception. 1848 voit l’émergence de la première génération de loges engagées. Le gouvernement de la Seconde République compte de nombreux maçons dont Flocon, Crémieux, Garnier-Pagès, Pagnerre, Carnot et Schoelcher qui fait aboutir son généreux combat pour l’abolition de l’esclavage.
L’échec des démocrates-socialistes à partir de 1849 porte un coup très dur à des dizaines de loges du Grand Orient. Le préfet conservateur de l’Yonne se plaint que la loge « Le Phénix » « initie… aux funestes doctrines du socialisme ». Le Vénérable de « L’Unanimité » est l’un des « meneurs du parti révolutionnaire ». L’engagement de nombreuses loges en faveur d’une République sociale met en difficulté l’administration du Grand Orient lors du retour au pouvoir du parti conservateur. La Maçonnerie est en ligne de mire. La diplomatie du frère Perier, secrétaire de l’obédience, réussit à limiter la répression à la fermeture définitive de 5 ou 6 ateliers parmi les plus engagés et à la suspension provisoire de quelques dizaines de loges. Les quarante-huitards réfugiés à Londres constituent des loges d’opposants à Napoléon III.

